La guerre civile numérique

29 juil 2011   //   par atchikservices    //  Pas de commentaires

jorion


Peut-être avez-vous entendu parler du blog de Paul Jorion ?


Consacré aux réflexions générales sur les questions du monde contemporain, le blog de Paul Jorion se compose de plusieurs contributeurs. Cet espace attire entre 80 000 et 100 000 lecteurs par mois ! Considérant le blog comme un réseau actif à l’échelle du monde, on pourrait résumer le message de Paul Jorion comme ceci : « révoltez-vous ! »


Après avoir occupé le poste de trader sur le marché des futures dans une banque française, il travaille 9 ans dans le milieu bancaire américain, jusqu’en 2007. Aujourd’hui, on peut dire que Paul Jorion est un activiste du Web en proposant un blog riche d’échanges et de réflexions sur la situation de notre monde. Il considère notre époque comme le théâtre d’une « guerre civile » technologique impliquant l’ensemble de la communauté numérique. L’équation est simple, ce sont les cyber-activistes face aux coalitions gouvernementales et milieux d’affaires bafouant les valeurs démocratiques.
Dans une passionnante conversation avec Régis Meyran (chercheur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales), Paul Jorion propose une analyse précise des nouvelles formes de résistance numérique. Ainsi commence « La guerre civile numérique ».


Les dissidents numériques


En passant par les anonymous et Julien Assange, Paul Jorion propose un regard sur l’opposition entre forces en présence gouvernementales et cyber-activisme. Plus particulièrement, il aborde dans un premier temps le traitement de la bavure américaine du 12 juillet 2007 en Irak. Un hélicoptère américain avait tiré sur neuf personnes dont deux journalistes de l’agence Reuters. C’est alors que le soldat Manning prit la décision de révéler cette information au site Wikileaks. Cette mise à disposition de la brutalité des méthodes de l’armée américaine aux yeux de tous est, d’après Paul Jorion, le premier électrochoc qui réveilla la sphère numérique : « Big Brother n’est plus, nous pouvons nous aussi tout savoir ».


Ensuite, viendra la cabale contre Julien Assange qui contribuera largement à cette opposition manifeste entre cyber-activistes et autorités gouvernementales. Paul Jorion va même jusqu’à comparer les hackers avec les anarchistes du début du 19ème siècle. Deux parties de la population sont, toujours d’après lui, en train de se dresser l’une contre l’autre avec de nouveaux moyens qui bouleversent les codes de la lutte sociale classique. Il considère les hackers, anonymous, Wikileaks et autres cyber-dissidents comme des personnes réellement animées d’une idéologie et cherchant à faire exploser le capitalisme en combinant leurs talents de programmeurs avec la pensée critique.


Une situation prérévolutionnaire sur Internet ?


C’est surement la partie de l’ouvrage qui pourrait diviser le plus. Ici, Paul Jorion ne mâche pas ses mots, il considère notre époque comme étant prérévolutionnaire et estime que le consensus envers l’ordre existant a disparu. Une prise de position plutôt extrême lorsque l’on sait que les plateformes actuelles telles que Facebook, Twitter ou encore le blog sont des armes à double tranchant. En effet, si les réseaux sociaux ont montré leur rôle dans les révoltes arabes, ils peuvent aussi se révéler être l’œil de Big Brother. C’est pourquoi à l’instar de son blog, Paul Jorion fait le parallèle entre la situation économique mondiale et les récents mouvements activistes du Web. Il n’adhère pas du tout à l’idée que les citoyens sont des moutons drogués aux jeux vidéo et à la télévision. Partant du principe que la population reste calme lorsqu’on lui fournit du pain et des jeux, si le pain vient à manquer, celle-ci devient alors nettement moins docile. C’est ainsi qu’il met en lumière le « seuil psychologique » atteint par les citoyens en règle générale. Lors des révolutions arabes, on parlait de « barrière de la peur » qui volait en éclat par le biais de la diffusion d’information sur les réseaux sociaux.


C’est ici la même chose pour les mouvements activistes du Web, les internautes sont conscients de leur pouvoir et de leur capacité à faire circuler toutes informations permettant de faire éclater la vérité. Les interstices qui persistent sur Internet facilitent les formes de résistances collectives et c’est là tout l’intérêt, la communication immédiate accroit la force de la masse.


Internet, « un cerveau collectif » ?


C’est l’effet de réaction en chaine qui prime. La démultiplication des contributeurs permet aux internautes de créer un mouvement que personne ne peut freiner. Paul Jorion aborde la question de son blog en dernière partie de l’ouvrage et met en relation cette notion de « cerveau collectif ».
Il est vrai que l’inquiétude des gouvernements en matière de diffusion de l’information est plus que vérifiable. C’est pourquoi Paul Jorion met à l’honneur la force du blog. En effet, si des journalistes se censurent afin de ne pas froisser les puissants ou tout simplement pour garder leur job au sein de la rédaction, le blog, lui, ne souffre pas de ce manque de liberté. Il va même plus loin en expliquant que les critiques émises sur la prétendue baisse de qualité des journalistes (en référence aux différentes intox présentes sur le Web) n’est pas vérifiée. Pour lui, ce n’est pas le niveau du journalisme qui baisse, c’est le niveau des blogs qui monte.


Alors, les blogs sont-ils l’avenir du journalisme ? La nostalgie du papier est encore tenace, mais il est clair qu’aujourd’hui, c’est sur Internet que se trouve l’information. Plus rapide, plus accessible, l’information au sein du Web devient alors la petite graine qui fait naitre les grands mouvements contestataires.
Paul Jorion est vraiment inclassable. Certains le considèreront comme un marxiste primaire, d’autres comme un brillant analyste de notre société face à Internet. Ce qui est certain, c’est que « La guerre civile numérique » est un ouvrage qui nous propose d’aller plus loin en réfléchissant sur notre condition d’internaute au sens global. Avons-nous atteint un seuil psychologique qui fera d’Internet une arme révolutionnaire ? L’avenir nous le dira…


Rémi


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