L’affaire Mohammed Al-Durah
Le journaliste Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem depuis 1981, vient de publier un livre, « un enfant est mort » (Editions Don Quichotte), sur la cabale dont il est l’objet depuis 10 ans au sujet d’un reportage sur la mort d’un jeune palestinien. Rappel des faits : le 30 septembre 2000, un violent accrochage oppose des palestiniens à l’armée israélienne. Jamal Al-Durah et son fils âgé de 12 ans, Mohammed, sont pris au piège au milieu des tirs. Le père, gravement blessé tente de protéger son fils. Quelques secondes plus tard, le jeune Mohammed meurt sous les balles dans les bras de son père.
Filmé par le caméraman de France 2, les images sont diffusées le soir même sur la chaîne et feront rapidement le tour du monde, accompagnées d’un commentaire de Charles Enderlin affirmant que les tirs « sont venus de la position israélienne ». A l’indignation générale s’ensuit rapidement une campagne orchestrée par quelques lobbys influents proche de Tsahal : Charles Enderlin est accusé de mise en scène et de manipulation, le petit Mohamed ne serait pas mort et le reportage aurait eu pour seul but de diaboliser l’armée israélienne.
Plaintes et procès, expertises et contre-expertises balistique, visionnages en boucle des rushs, interviews des protagonistes : l’affaire Mohammed al-Durah n’en finit plus depuis maintenant 10 ans de défrayer la chronique sur les médias et sur le Net. Sur les forums certains fils de discussions ouverts en 2 000 comptent jusqu’a 150 000 lectures et plus de 50 000 réponses. Des blogs et des sites uniquement dédiés à l’affaire sont régulièrement créés, alimentés et abondamment commentés. Sur les espaces de discussions, l’affaire Al-Durah fait partie de ces sujets intarissables que nos équipes suivent et modèrent avec la plus grande vigilance, les débordements racistes et antisémites étant malheureusement monnaie courante sur cette affaire.
L’ampleur de l’affaire Al-Durah s’explique bien sûr par l’enjeu symbolique qu’elle représente dans le conflit israélo-palestinien et l’hyper réactivé des internautes quand il s‘agit du Proche-Orient. Mais c’est aussi la spécificité du média Internet qui contribue à entretenir ce buzz permanent. Les archives sont accessibles rapidement, traduisibles en quelques secondes si nécessaire. Tous les contenus (vidéo, audio ou texte) peuvent être réédités, partagés, linkés. Seul le média Internet offre autant de possibilité de diffusion, d’échange et de traitement de l’information. L’affaire Al-Durah n’est pas la seule à exploiter la caisse de résonnance du web, on retrouve ce même phénomène sur des sujets comme le 11 septembre ou plus récemment la grippe A. De nombreuses pièces et archives tous formats confondus sont accessibles à volonté et alimentent des polémiques sans fin. Internet a ceci de particulier d’être le média du zapping par excellence et d’effacer l’échelle du temps, comme si les échanges pouvaient se poursuivre à l’infini. Internet est le média du présent, un présent très élastique et dont Charles Enderlin fait les frais depuis 10 ans…
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