Facebook et dénigrement d’entreprise

22 nov 2010   //   par Atchik-Services    //  1 Commentaire

justice
La décision prise vendredi par le conseil des prud’hommes de Boulogne-Billancourt risque de faire beaucoup de bruit. Elle constitue une première en France et pourrait faire jurisprudence si celle-ci était confirmée en appel.
 
Rappel des faits. La société Alten a licencié en 2008 deux salariés pour le motif de « dénigrement de l’entreprise » sur le réseau social Facebook. L’un des salariés, en mal de considération par sa direction, avait critiqué de façon plutôt ironique son entreprise en disant « faire partie du club des néfastes ». Deux autres employés avaient alors répondu « bienvenue au club ». Le problème est qu’un quatrième salarié, ayant accès à ces informations, s’est empressé de les faire remonter à la direction de la société Alten.
 
Celle-ci a immédiatement décidé de licencier les trois auteurs pour « faute grave ». L’un des salariés préférant un arrangement à l’amiable a renoncé aux poursuites devant le conseil des prud’hommes, mais les deux autres ont quant à eux tenu à se défendre en évoquant la nature privée des échanges.
 
Le conseil des prud’hommes a donc jugé « fondé » le dénigrement dont la société Alten se sent victime. Si les arguments des salariés semblent recevables, les prud’hommes ont préféré retenir ceux de la direction qui estime « ne pas avoir violé la vie privée de ses
salariés », les propos ayant été échangés « sur un site social ouvert ».
 
Deux enjeux semblent alors ressortir de ce jugement qui peut paraître abusif par plusieurs aspects.
 
Le premier réside dans la définition du caractère public ou privé d’un statut sur Facebook. En effet, si le compte est « public », c’est-à-dire ouvert à tous, on peut alors comprendre la volonté de l’entreprise de se protéger de propos possiblement diffamatoires.
 
En revanche, si le compte est privé, seuls les « amis » peuvent avoir accès au contenu. Il serait alors tout à fait recevable d’invoquer le caractère strictement privatif des conversations et l’entreprise se verrait probablement désavouée.
 
Mais voilà, le statut de l’échange incriminé était « public », d’où la volonté du conseil des prud’hommes d’appuyer la décision d’Alten.
 
Le second réside dans l’e-réputation de l’entreprise. Même si le caractère délateur de cette affaire peut mettre mal à l’aise, car avant tout, c’est un collègue des trois salariés qui remonte les propos à la direction, l’entreprise se doit d’effectuer une veille de son e-réputation et ne peut se permettre de laisser des propos dénigrant se propager sur la toile.
 
Rappelons que le meilleur moyen pour une entreprise d’éviter ce genre de déconvenue reste de participer à Facebook et de fédérer ses employés autour d’elle. Cela lui permet de suivre ses salariés et de détecter éventuellement des problèmes de personnel (burn out, malaises dans la société, inquiétudes,…). De plus, les salariés seront peut être plus enclin à s’exprimer via un réseau social que directement au cours d’une réunion formelle.
 
Si cette affaire a pu avoir un impact négatif sur l’image d’Alten, le fait que celle-ci soit médiatisée renforce l’idée que la gestion de son image sur les réseaux sociaux est aujourd’hui une chose primordiale pour les entreprises.
 
Il revient donc aux utilisateurs de maîtriser les outils dans lesquels ils s’expriment. Nous ne pouvons que conseiller aux entreprises et aux salariés une prudence absolue en matière d’utilisation des réseaux sociaux.
 
Rémi.


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