Cyber résistance

La Tunisie démontre aujourd’hui la puissance du web 2.0 en tant qu’arme politique. Les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans la révolte du peuple, notamment au sein de la jeunesse.
Tout a commencé le 17 décembre lorsqu’un commerçant ambulant de Sidi Bouzid s’est immolé par le feu après avoir été interdit de vendre ses produits sans autorisation officielle. Cet événement a mis le feu aux poudres et montre sans équivoques les problèmes que rencontre le peuple Tunisien au quotidien. Pénurie d’emploi et désir de liberté semblent être les thèmes qui font de cette contestation un événement inédit depuis « les émeutes du pain » en 1984.
Le régime Tunisien passe quant à lui à la vitesse supérieure en censurant toutes vidéos et photos des manifestations. De plus, Internet est largement contrôlé par le régime, plusieurs sites et réseaux sociaux ont tout simplement été interdits jusqu’à placer le gouvernement de Ben Ali (président Tunisien) comme « ennemi d’internet » selon RSF.
Depuis le début du mouvement, plusieurs dizaines de manifestants ont trouvés la mort face à la répression, mais la résistance s’organise sur le Web et propose un véritable contre-pouvoir que le régime de Ben Ali peine à endiguer.
Un des exemples frappant de cette cyber résistance est Lina Ben Mhenni avec son blog « A Tunisian girl ». En effet, celle-ci a mis en ligne les photos de 5 manifestants tués par la police et témoigne régulièrement des coups de feu entendus via Twitter. Elle s’est également fait la voix de ses homologues activistes (Slim Amamou, Aziz Amani, Hamadi Kaloutcha et Wissem Sghaier) jusqu’à répercuter leurs arrestations sur son blog. Mais aussi, d’autres blogs tels que « Nawaat » ont ouvert des rubriques dédiées et restent des médias leaders dans la lutte engagée contre le pouvoir.
A l’instar de l’Iran l’an dernier, la résistance a bien investi les réseaux sociaux. Notamment, après avoir interdit les plateformes de partage de photos et vidéos (Youtube, Dailymotion, Flickr), l’Etat Tunisien a dû se résoudre à canaliser ses internautes vers un réseau social majeur, Facebook. Couplé avec l’influence des smartphones, il concentre le ras-le-bol général et fait sauter ce que les intellectuels Tunisiens nomment « la barrière de la peur ». Toutes les informations s’échangent à une vitesse folle et le mouvement prend de l’ampleur, impossible alors pour le régime de canaliser le flot de vidéos et d’informations partagées sur les murs des Facebookers. Il faut savoir qu’en Tunisie, 2 millions d’habitants possèdent une page (sur 11 millions), sans compter les Tunisiens vivant à l’étranger qui eux aussi échangent et commentent les actualités. Malgré de nombreuses tentatives de l’Etat Tunisien visant à enrayer le phénomène (hacking, censure, veille de renseignement, propagande), il semble bien que le régime soit dépassé par cette cyber résistance.
L’exemple Tunisien démontre qu’aujourd’hui, les réseaux sociaux sont des outils majeurs de diffusion d’un message politique. Le succès de Facebook, twitter, des blogs et autres smartphones aidant, c’est tout un régime qui se trouve ébranlé. Quand certains insistent sur le caractère liberticide des médias sociaux, les Tunisiens nous montrent au contraire le rôle que ceux-ci peuvent jouer dans la lutte contre la censure et l’oppression.
Rémi
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